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C'est sur le terreau Templariste ✅ devenu très à la mode au XIX ème siècle, que Alphonse-Louis Constant , un ecclésiastique défroqué devenu Franc-maçon, se fit connaitre, d'abord dans les milieux ésotériques délirants, puis dans ceux plus sombres de l'occultisme et la magie noire, sous le nom d' Éliphas Lévi Zahed


Le Baphomet, une image apparue en 1854 dans l'ouvrage 'Dogme et rituel de la haute magie' d'Éliphas Lévi Zahed

Jamais avant 1854 une image n'avait été produite pour matérialiser le Baphomet que les Templiers furent accusés à tort d'avoir adoré. C'est Alphonse-Louis Constant ( Éliphas Lévi Zahed ) dans son ouvrage 'Dogme et rituel de la haute magie' qui le premier dessina en 1854 un portrait de cette idole chimèrique.

Histoire d'Alphonse-Louis Constant, dit Éliphas Lévi

Grâce à l'abbé Hubault, qui avait organisé dans sa paroisse un collège dispensant gratuitement les bases de l'instruction aux enfants pauvres, il fait ses premières études, puis entre en 1825 au petit séminaire Saint-Nicolas du Chardonnet, dirigé alors par le Frère-Colonna. Notons que ce personnage fut un contemporain de Fabré-Palaprat et que comme ce dernier il vécut à l'époque bénie du Templarisme, et que d'une certaine façon, il fut victime de son époque ou tous les excès étaient permis !
En 1830, ayant terminé sa rhétorique, il intègre le séminaire d'Issy pour deux années de philosophie. Après Issy, c'est au séminaire de Saint-Sulpice qu'il fait sa théologie. Alphonse-Louis Constant y est ordonné sous-diacre. En 1835, alors qu'il a la charge de l'un des catéchismes de jeunes filles de Saint-Sulpice, la jeune Adèle Allenbach lui est confiée par sa mère, avec mission de « la protéger tout spécialement et de l'instruire à part, comme si elle était la fille d'un prince ». Le jeune abbé tombe éperdument amoureux de sa protégée, en qui il croit voir la Sainte Vierge apparue sous une forme charnelle. Ordonné diacre le 19 décembre 1835, il quitte finalement le séminaire en juin 1836, mais entre-temps la jeune fille pour laquelle il avait tout quitté le délaissa.

Sa mère infirme, qui avait mis toutes ses espérances en lui, se suicide quelques semaines plus tard. Il passe une année dans un pensionnat près de Paris, puis accompagne un ami comédien ambulant nommé Bailleul dans une tournée en province. En 1838, il se lie d’amitié avec la socialiste Flora Tristan ( qui sera la grand-mère du peintre Paul Gauguin ), et collabore avec Alphonse Esquiros, rencontré au petit séminaire, à la revue, Les Belles Femmes de Paris. Alphonse-Louis Constant fait un jour la connaissance d'Honoré de Balzac, alors en pleine gloire, chez Mme de Girardin. Espérant encore à accéder à la prêtrise, il part pour l’abbaye de Solesmes, bien résolu à y passer le reste de ses jours. L'abbaye possédant une bibliothèque d'environ 20 000 volumes, il y étudie la doctrine des anciens gnostiques, celle des pères de l'Église primitive, les livres de Cassien et d'autres ascètes, les pieux écrits des mystiques, et spécialement les livres de Mme Guyon.

Activités d'Éliphas Lévi au début de sa carrière

Durant son séjour à Solesmes, il fait paraître son premier ouvrage : le Rosier de Mai (1839). À cause d'une mésentente avec l'abbé de Solesmes, Alphonse-Louis Constant quitte finalement l'abbaye au bout d'un an, sans le sou. En intercédant auprès de l'archevêque de Paris, Mgr Affre, il finit par obtenir un poste de surveillant au collège de Juilly. Ses supérieurs le maltraitent, et dans son écœurement il compose, au grand scandale du clergé et des bien-pensants, la Bible de la liberté (1841). L'ouvrage paru le 13 février est saisi à Versailles une heure après sa mise en vente. Un grand nombre d'exemplaires ont tout de même été sauvés, et Constant est arrêté dans les premiers jours du mois d'avril, il sera condamné à 8 mois de prison et 300 francs d'amende. À la prison de Sainte-Pélagie, il retrouve son ami Esquiros et l'abbé de Lamennais. Tous les moyens furent apparemment employés pour le faire mourir de misère. On l'accusa d'être un indicateur de police. Il se réfugie alors dans l'étude, lisant pour la première fois les écrits de Swedenborg.
À sa sortie en avril 1842, Constant obtient, grâce à l'aumônier de Sainte-Pélagie, une commande de peintures murales pour l'église de Choisy-le-Roi où il habite au presbytère et commence, en 1843, l'écriture de la Mère de Dieu. Sa conduite étant exemplaire, Mgr Affre le recommande à Mgr Olivier, évêque d'Evreux, qui est prêt à l'accueillir à condition qu'il change son nom pour celui de sa mère, afin d'éviter tout scandale en rapport avec l'affaire de la Bible de la liberté. Devenu l'abbé Beaucourt, il part à Évreux en février 1843. Le 22 juillet 1843 parait dans l'Écho de la Normandie un article dans lequel est dévoilée la véritable identité de l'abbé Beaucourt, son procès et sa condamnation, il doit quitter le séminaire. L'évêque d'Évreux continue à pourvoir à sa subsistance et à l'aider par la commande d'une peinture murale pour un couvent. En 1843, Constant intégre une société secrète à Lausanne, l'Ordre hermétique de la Rose-Croix universelle, sous le nom d'Éliphas Lévi. Mgr Olivier est finalement très affligé par la sortie de la Mère de Dieu en 1844, et fin février 1844 Constant doit retourner à Paris en abandonnant sa peinture inachevée. Il revoit son amie Flora Tristan, qui meurt peu de temps après, il hésite longtemps avant de publier le manuscrit intégral de Flora Tristan, pensant qu'on le tiendrait pour responsable. Il abandonne finalement le projet et édite le premier manuscrit sous le titre : l'Émancipation de la femme ou le Testament de la paria. En 1844, Mme Legrand lui demande de venir à Guitrancourt afin d'achever l'éducation de ses enfants. Il y demeure un an puis retourne à Paris et fait paraître son manifeste pacifique : la Fête-Dieu ou le Triomphe de la paix religieuse (1845). Les idées utopistes et humanitaires du temps l’absorbent alors totalement. Deux mouvements surtout suscitent en lui de profondes et longues méditations : le saint-simonisme et le fouriérisme.

Nouvelle orientation de sa carrière vers l'ésotérisme et l'occultisme

En 1845, dans le Livre des larmes, il développe sa propre vision de l'ésotérisme, il compose aussi des chansons et illustre deux ouvrages d'Alexandre Dumas : Louis XIV et son siècle et le Comte de Monte-Cristo. Adèle Allenbach, devenue actrice, vient le voir souvent, elle conservera toujours la même admiration pour son « petit-père » dont elle accompagnera le cercueil jusqu'à sa dernière demeure. Alphonse-Louis Constant ( Éliphas Lévi Zahed ) habite quelque temps à Chantilly, puis revient à Paris, au 10 de la rue Saint-Lazare. Il devient l'ami de Charles Fauvety et les deux hommes fondent en 1845 la revue mensuelle la Vérité sur toutes choses, qui ne parait que pendant quatre mois.

Depuis son retour d'Évreux, il se rend fréquemment à Choisy-le-Roi où il avait rencontré en 1843 Mlle Eugénie Chenevier, sous-maîtresse à l'Institution Chandeau. Parmi les pensionnaires de l'Institution, Eugénie s'était liée d'amitié à la jeune Marie-Noémi Cadiot. Lorsque les deux jeunes filles sortent le dimanche, Constant les accompagne et ils passent tous trois de bons moments. Eugénie Chenevier et Alphonse-Louis Constant auront un fils, Xavier Henri Alphonse Chenevier, qui naîtra le 29 septembre 1846. Marie-Noémi Cadiot tombe elle aussi amoureuse d'Alphonse-Louis, elle s'échappe un beau jour de chez ses parents pour aller se réfugier dans la mansarde de celui-ci. Son père exige alors le mariage, sous la menace d'une accusation de détournement de mineure, car la jeune fille n'a alors que 18 ans. Constant doit se résigner. La cérémonie civile a lieu à la mairie du X ème arrondissement de Paris, le 13 juillet 1846. La famille Cadiot n'a pas voulu doter Noémi et les deux époux n'ont pas un sous. Depuis l'affaire de la Bible de la liberté (1841), aucun éditeur ne veut publier Constant. À l'instigation de Noémi, il se lance dans la politique, et collabore notamment à La Démocratie pacifique, ou il écrit un pamphlet virulent : la Voix de la famine. Le 3 février 1847, on le condamne encore à un an de prison et 1 000 francs d'amende. Mme Constant accouche en septembre 1847 d'une fille, Marie. La petite Marie mourra en 1854 à l'âge de sept ans, au grand désespoir de Constant qui l'adorait.

La révolution de février 1848 accordant un peu plus de liberté, il dirige une revue populaire : le Tribun du peuple, qui n'eut que quatre numéros. Il fonde ensuite avec ses amis Esquiros et Le Gallois un club politique : le Club de la montagne, composé de travailleurs. En juin 1848 c'est l'insurrection des classes laborieuses. Le 23 juin 1848 on fusille, croyant le reconnaitre, un marchand de vin qui lui ressemblait. Le 24 juin, Mgr Affre, voulant apaiser les insurgés, reçoit une balle perdue et meurt trois jours plus tard. Constant désire représenter le peuple à l'Assemblée nationale, mais sa tentative échoue, son ami Esquiros est en revanche élu le 13 mai 1849 et les deux hommes ne se fréquenteront plus. le Testament de la liberté (1848), qui résume ses idées politiques, sera son dernier ouvrage du genre. À cette époque, madame Constant, qui a déjà publié dans la revue de son mari et fréquenté le Club des femmes de Mme Niboyet, se lance dans le monde parisien. Elle écrit dans le Tintamarre et le Moniteur du soir des feuilletons littéraires sous le pseudonyme de Claude Vignon ( tiré d'un roman de Balzac ). C'est une période de relative aisance pour le couple. Noémi prend des leçons du célèbre sculpteur James Pradier, et grâce à cette haute relation, Alphonse-Louis Constant obtient deux commandes de tableaux du ministère de l'Intérieur. Parallèlement, il lit la Kabbala Denudata de Knorr de Rosenroth, étudie les écrits de Jacob Boehme, Louis-Claude de Saint-Martin, Emanuel Swedenborg, Antoine Fabre d'Olivet, Chaho, et Görres. Fin 1850, il rencontre l’abbé Jacques Paul Migne, fondateur et directeur de la librairie ecclésiastique de Montrouge, qui lui commande pour sa collection un Dictionnaire de la littérature chrétienne. Paru en 1851, l'ouvrage étonne par la science qu'il renferme. A la même époque Constant rencontre le savant polonais Hoëné-Wronski, dont l’œuvre fait sur lui une impression durable et l’oriente vers la pensée mathématique et le messianisme napoléonien.
image du baphomet
Après cette rencontre, il se lance dans la rédaction du "Dogme et rituel de la haute magie". Il adopte définitivement le nom d'Éliphas Lévi Zahed ( traduction en hébreu de Alphonse-Louis Constant ) . Mme Constant, maitresse du marquis de Montferrier ( beau-frère de Josef Hoëné-Wronski ), s'enfuit un jour à Lausanne pour ne plus revenir. Profondément affecté, il se remet au travail pour tenter d'oublier.
Mlle Eugénie Chenevier vit alors à Londres, où elle gagne péniblement de quoi élever son enfant. Constant lui écrit pour lui demander son pardon et l'obtient.

Éliphas Lévi Zahed bascule définitivement dans l'occultisme

En 1859, la publication de l'Histoire de la magie lui rapporte 1 000 francs, Éliphas Lévi Zahed consacre cet argent pour attirer à lui la plupart des ésotérisants français ( notamment Henri Delaage, Luc Desages, Paul Auguez, Jean-Marie Ragon, Henri Favre, et le docteur Fernand Rozier, que l'on retrouvera plus tard aux côtés de Papus ). Sollicité par ses amis Fauvety et Caubet, Éliphas Lévi Zahed se fait recevoir maçon le 14 mars 1861 dans la loge la Rose du parfait silence, dont Caubet était le Vénérable. Il voyagera beaucoup en Angleterre en Italie en Suisse et en 1861, il publie la Clef des grands mystères, dernier volet de la trilogie commencée avec Histoire de la magie et Dogme et rituel de la haute magie.
En juillet 1861, le baron italien Spedalieri qui avait acheté chez un libraire de Marseille le Dogme et rituel de la haute magie , décide de prendre contact avec l'auteur. S'ensuit une correspondance de plus de 1 000 lettres, Spedalieri sera l'un des plus importants mécènes d'Éliphas Lévi Zahed.
En décembre 1871, Éliphas Lévi Zahed termine un autre manuscrit : le Grimoire franco-latomorum, consacré à l'explication des rites de la Franc-maçonnerie. À cause de sa maladie de cœur il est sujet à des évanouissements au cours desquels il dit avoir des visions extatiques. Pendant l'année 1873, il achève le manuscrit de l'Évangile de la science.
En novembre 1873, Judith Mendès, fille de Théophile Gautier, a besoin pour un de ses romans orientaux, de renseignements sur la Kabbale chaldéenne. La renommée la conduit tout droit chez Éliphas Lévi Zahed, qui invité un jour chez son père, prédit à la jeune femme ses futurs succès en lisant dans sa main. Son mari Catulle Mendès présente Éliphas Lévi Zahed à l'écrivain Victor Hugo. En 1874 une bronchite assez grave, des étouffements, une fièvre persistante ne lui laissent presque aucun repos. Ses jambes enflent peu à peu et une sorte d'éléphantiasis se déclare bientôt. En janvier 1875, il achève son dernier manuscrit : le Catéchisme de la paix.
Pour clôre le portrait d'Éliphas Lévi Zahed, signalons qu'aux derniers instants de sa vie, Alphonse-Louis Constant, dit Éliphas Lévi Zahed confessa, puis renia tous ses mensonges passés, et souhaita retourner dans le giron de l'église Catholique. Le 31 mai 1875, il s'éteint au 155 rue de Sèvres, à 65 ans. On l’inhume au cimetière d'Ivry, une simple croix de bois marquant l'emplacement de sa tombe. En 1881, son corps sera exhumé et ses restes placés dans la fosse commune.